Allons au bois

Publié le par Ulfin

Je ne savais pas que mes pas allait me mener vers un endroit où l'homme ne pénètre que très rarement, et c'est très bien, car ce lieu doit rester protégé de la folie de l'être humain. Ici, la magie et le petit peuple vivent cachés du monde moderne, ici, il est préférable de ne pas trop se montrer. Ici est un secret.

Durant toute la journée, j'ai marché sans but, j'ai erré en profitant des paysages des landes de la verte Irlande, chemins que j'avais empruntés bien des siècles auparavant.  Le soleil commençait à descendre de plus en plus pour laisser la place à l'astre lunaire qu'enfin je décidais de me poser. Là, parfait, au pied d'un muret me protégeant des vents dominants sur ce tapis de mousse, je fis mon bivouac. Avant d'installer mes affaires pour la soirée, je veillais à ne pas déranger les êtres du petit peuple car  on ne sait jamais où il se trouve . Bien m'en ai pris car dans la mousse se trouvaient des fées. Je me mis à les observer; leurs corps étaient couverts de mousse, leurs cheveux étaient   faits de lichen. Elles me sourirent, et  nous restâmes  à nous observer durant un temps qui sembla une éternité. Voyant que je ne représentais pas un danger, elles retournèrent  à leurs occupations et s'affairèrent autour de diverses plantes pour les protéger des agressions extérieures. Tout en mangeant, je continuais de les observer, elles ne s'arrêtaient pas, de vraies petites jardinières, arrosant, taillant, chassant  les pucerons à cheval sur une coccinelle... En me couchant je décidais de leurs mettre sur un plateau, fait d'une feuille de chêne, un peu de miel, un peu de pain, des fruits. L'aube arrivant, me réveillant, je pus voir à la place de la nourriture que j'avais laissée aux fées, une braie magnifique ! Suite à mon offrande,  elles me l'avaient laissée en cadeau. Sans aucune hésitation, je l'enfilais fièrement. En reprenant mon sac, dessus se trouvait  une écorce noircie de signes. Je ne sais comment j'ai pu lire le langage des fées, toujours est-il qu'elles m'invitaient à aller vers le levant, jusqu'à une  haie d'aubépine  infranchissable, et qu'une fois là bas je serais quoi faire.

J'ai marché durant des heures vers le levant quand enfin je suis arrivé devant cette haie infranchissable. J'ai fait le tour, nul moyen d' entrer. Alors, l'idée me vint de déposer au quatre coins de cette forteresse d'épines, des offrandes de denrées comme celles que j'avais laissées la veille. Je pris la décision de  m'asseoir  et d' attendre. Quand la haie s'ouvrit avec de chaque coté des lutins, des "Talamhdubh" (ceux nés de la terre), armés de lances, de boucliers avec casques sur la tête ! J'eus un peu peur et mais ceux-ci m'invitèrent  à pénétrer. A peine passé la haie, elle se referma dernière nous, les Talamhdubh m'incitèrent  à avancer, j'étais dans une forêt de chênes millénaires, dans chacun d'entre d'eux, se trouvait une jeune femme à l'allure  svelte. Elles en   sortaient dès qu'elles  me voyaient.  Les hamadryades ne font qu'un avec leurs arbres, elles ne s'en éloignent jamais. Chacune portait une couronne de feuilles sur la tête, elles commencèrent une danse autour de son arbre. Je n'osais bouger, m'imprégnant juste du spectacle. Ce moment magique se grava  dans ma mémoire à tout jamais . Dans ce lieu féerique,  régnait   la douceur, nulle  violence.

Une hamadryade s'approcha de moi:

"Ulfin, hier soir, tu as aidé nos sœurs, les fées de la mousse, aujourd'hui tu as déposé des offrandes aux guerriers Talamhdubh. Nous, hamadryades, te savons digne de connaître ce lieu, l'un des tous derniers sur Terre. Là,  où le petit peuple vient se réfugier de la folie de tes semblables. T'avoir offert ce privilège n'est pas sans conséquences. Deux choix s'offrent à toi: Restez ici avec le petits peuple et les sages qui y sont depuis la nuit des temps où repartir quand tu le souhaites et protéger cette forteresse quel qu'en soit le prix et ne jamais divulguer notre existence. Choisis, nous respecterons ton choix."

 

 

Après bien des hésitations, des échanges avec Myrdhin je pris ma décision. Je repartirais dès demain matin sur les routes, et je protègerais ce lieu des hommes.

Le lendemain en quittant ce lieu paradisiaque , l'hamadryade m'offrit une noix dont la coque était en trois parties

"Ulfin, nous respectons ton choix, reçois en retour cette noix qui te protègera des esprits maléfiques qui chercheront à tout prix à connaître ton secret. Sois fort et que le petit peuple te protège."

La haie s'ouvrit, j'avançai  sans me retourner car je savais  que  si je me retournais,  je risquais  de changer d'avis et de rester avec eux.

Publié dans Mon périple, Féérie

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