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L'univers d'Ulfin

Un voyage dans un monde contemporain et de légende.

Kroéz er Vossèn

Cet après-midi là alors que je suis sur la route tortueuse menant d'Auray à Pluvigner, le ciel est bas, de lourds nuages courent au ras du sol, des rafales de vent soulèvent les feuilles qui dansent au milieu des épaisses gouttes d'eau qui me détrempent jusqu'à l'os. Un bruit de charrette se fait entendre derrière moi, un paysan rentre chez lui. A mon passage il m'invite à monter avec lui, ce que j'accepte avec grand plaisir. Il me propose de me déposer à l'auberge de son village à Camors.

En passant prés de la plaine de Tréauray il m'explique que jadis sur cette plaine des milliers d'hommes s'entr'égorgerent, devant nous une pauvre vieille, l'air épuisé et la démarche incertain. La main appuyé sur un bâton, elle se traîne, plutôt qu'elle ne marche le long de la chaussée.

Mon chauffeur se tourne vers moi et me dit:

"Pour sûr, ça doit être une de ces sorcières qui vit sur la lande qui le soir danse la ronde autour de la pierre branlante de Brech en compagnie des korrigans. Elle se sera attardée. Je ne peux la laisser, Ulfin tu vas avoir de la compagnie."

"Femme, si vous allez du coté de Camors la route est encore longue et vous paraissez fatiguée. Montez dans ma charrette."

"Volontiers." Grimaçante s'appuyant de tout son poids sur son bâton elle se hisse dans la voiture sans un remerciement en face de moi. A peine installée Bailch la jument démarre au galop sans s'arrêter comme si l'Ankou la poursuivait.

Elle est en face de moi, étrange figure, sa peau parcheminée, coupée de mille rides, ses joues creuses, sa large bouche édentée, ses yeux éteints qui parfois s'allume d'un éclat qui me semble rouge. Elle m'inspire répulsion et peur.

Arrivant au sommet de la colline ou se dresse la  maen kelt se dessine dans la nuée les toits de Pluvigner. La vieille qui semble dormir se met à crier:

"STOP, laisse moi descendre et reprend moi de l'autre coté de ce village à la maengizellereh ( la pierre sculptée)." a peine sa phrase finie qu'elle saute de la charrette et part en courant dans la lande. Nous n'en revenons pas elle qui se traînait tout à l'heure.
 

 

Arrivé à la maengizellereh,  qui n'est autre qu'un menhir couvert d'ogham, la vieille est là qui nous attend elle est redevenue la petite vieille voutée, elle remonte avec grande peine dans la charrette. Bailch reprend le galop, elle est en sueur malgré la pluie qui ne cesse.

Enfin, au tournant de la route, nous apercevons le clocher de Camors et sur le coté de la charrette les murs du cimetière. La vieille pousse une exclamation de joie:

"C'est ici, que je m'arrête. Ulfin aide moi à monter les marches de ce cimetière. Il y pousse de l'herbe et les tombes n'y sont pas guère pressées. Je me charge de détruire cette verdure et de remuer cette terre. Quand ma besogne sera terminée, les tombes seront tellement nombreuses qu'on ne trouvera plus un coin où ensevelir les cadavres. Je suis la PESTE Ulfin."

Une sueur glacée coule dans mon dos, mon sang se glace.

"Sellet mad dohein; Doh en tu ma troein, é tei ol akerh genein.*"

Je la laisse, mon chauffeur est déjà loin, je suis seul avec la peste. Je ne demande pas mon reste, je met le plus de distance possible entre elle et moi. Cette nuit là dans la grange qui me sert d'abris je n'ai pu dormir.

 

Plusieurs jours se sont écoulés depuis ma rencontre avec la peste, j'apprends que la peste à fait des ravages là où ses yeux se sont portés, il y a tant de cadavres que la place commence manquer. Un village fut épargné celui de Pluvigner entre la maen kelt et la maengizellereh, l'une des pierres fut rasée et remplacée par une croix, La Croix de la Peste (Kroéz er vossèn) qui est encore là pour en attester.

*"Regarde-moi bien; De quel côté que je me tournerai, j'emporterai tout avec moi."

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