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L'univers d'Ulfin

Un voyage dans un monde contemporain et de légende.

Érine 2531

         La jeune femme est seule, étendue au milieu de la rue. Le silence est total seulement dérangé par sa respiration légère. Érine, le visage plaqué sur l’enrobé fissuré d’où s’échappent des nuages de moustiques se sent mal. Elle s’éloigne des insectes qui se ruent sur sa peau en rampant. Elle s’assoit sur le trottoir, les pieds dans ce qui fut, il y a un temps, un caniveau. Elle ne sait pas ce qu’elle fait dans une rue qu’elle ne reconnait pas. Elle se palpe entièrement, elle n’a aucune blessure, aucune douleur alors pourquoi porte-t-elle cette blouse de l’hôpital de Londres ?

Érine tourne la tête de tous côtés,  elle ne reconnait pas sa ville. Elle se lève difficilement, ses membres sont ankylosés. Juste entre deux arbres, elle croit reconnaître un édifice. Traversant la rue, elle se fraie un chemin dans la végétation, elle réalise que tous les bâtiments sont en ruines, détruits. La ville est un champs de bataille. Une guerre a eu lieu ici il y a longtemps car les plantes ont repris leurs droits, elles recouvrent tous. Les carcasses de voitures sont envahies de lierre, des lianes pendent des immeubles, les arbres émergent de partout, les branches d’un orme traversent les vitres d’un bus couché sur le côté.

Progressant avec difficulté vers l’édifice de fer encore partiellement debout, elle se sent mieux, l’air lui semble  plus respirable. Sa sérénité n’est que de quelques secondes car à travers la frondaison, elle perçoit un épais nuage noir opaque  qui obscurcit le ciel. Les ténèbres semblent prendre place tout autour d’elle, la jeune femme a peur. Elle accélère le pas, elle cherche un abri pour se protéger de la pluie qui commence à tomber.  En quelques instants, elle est recouverte d’une substance noire, l’épais liquide au lieu de glisser sur sa peau reste, elle n’ose le toucher, il est gluant cela ressemble à un mélange d’huile de vidange et de pétrole.  L’odeur qui s’en dégage lui donne la nausée. Au milieu d’une futaie de bouleau se dessine un abri de bus. Protégée enfin de l’ondée, Érine à l’aide d’un morceau de métal racle la pellicule poisseuse qui la recouvre, sa peau la démange, la brûle. Elle retire sa blouse, utilise l’intérieur pour s’essuyer le visage. Nue, elle grelotte. La pluie noire a cessé et a recouvert tout ce qui n’est pas de la végétation d’un film qui ne lui inspire pas confiance. Érine observe les feuilles d’une fougère ,elle constate que cette mélasse ne s’accroche pas mais glisse. La végétation transpire une huile qui fait glisser la pluie pétroleuse cela ne la rassure pas vraiment.

   Dans le silence absolu, soudain, le bruit d’une branche qui craque fait se retourner Érine. Elle tend l’oreille, le silence est revenu. La jeune femme a le sentiment qu’elle est observée, s’enfonçant dans la végétation elle ne s’est pas demandée si cela n’était pas dangereux, elle le regrette désormais. Des bruits de pas qui se rapprochent quel est l’animal qui l’a prise pour cible ? Elle distingue plusieurs « prédateurs » qui tentent de l’encercler, rapidement du regard, elle cherche par où fuir. Deux sentes s’ouvrent devant elle, une bien dégagée l’autre envahie de débris, de lianes. Vite choisir. La fuite la plus aisée ou l’autre. Les prédateurs se rapprochent. Elle choisit le  sentier le plus simple même si cela est un piège. Elle ne se voit pas courir pieds nus avec sa chemise d’hôpital aux milieux des détritus. Elle accélère le pas, s’engage sur le chemin devenu glissant à cause de la pluie noire. Un rapide regard derrière elle lui fait apercevoir une ombre surgir des taillis suivie par trois autres. Elles ne sont pas engageantes, toutes vêtues de noir, avec de grands manteaux huilés comme celui que son père portait lorsqu’il partait faire des randonnées dans la lande anglaise. Elles ont toutes des casques de chantier sur la tête d’où s’échappe une légère lumière bleue. Érine ne peut voir leurs visages, elles les dissimulent derrière d’épais foulards surmontés de lunettes rondes au verre fumé comme ceux d’un soudeur. Aucune partie de leurs corps n’est visible. Elles braquent sur Érine leurs armes rudimentaires. Elles ne sont pas là pour discuter. Celle qui est sortie en premier se met à crier.

- Attrapez-la !

Pas le temps de s’attarder, courir droit devant sans s’arrêter, mettre le plus de distance entre elle et les chasseurs. La jeune femme oublie la douleur que le sol lui procure sur la plante des pieds. Elle court à perdre haleine, ils sont derrière, ne pas ralentir, trouver une cachette. Elle va droit devant sans réfléchir dans ce monde qui lui est inconnu. Une flèche frôle sa cuisse gauche lui arrachant une grimace, elle sent le sang couler sur sa peau mais pas le temps de s’arrêter. Érine arrive sur ce qui a dû être une grande avenue, il y a bien longtemps. Elle la traverse, se précipite vers la première ouverture qu’elle voit dans les lianes qui recouvrent les façades. Elle se cache derrière ce qui a dû être un comptoir de magasin. Elle jette de rapides coups d’œil vers ses poursuivants, ils sont de l’autre côté de la rue, ils la cherchent à droite, à gauche. Aucun  ne regarde dans sa direction comme si un mur invisible s’était matérialisé entre eux. Ils n’osent pas traverser. Leur chef d’un signe de la main leur indique de regagner la forêt.

photo: @Expérimentalys

La jeune femme se laisse tomber au sol, retrouvant à peine son souffle. Elle sursaute, crie, se recule contre le meuble. Face à elle, un homme à la forte stature se tient immobile, elle ne l’a pas vu en entrant. Il est habillé comme ceux qui la poursuivaient  à l’exception d’un masque de médecin de la peste surmonté d’un chapeau melon blanc. Il approche son index droit de son bec demandant à Érine le silence …

A suivre ...

 

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